Il y a des filles, comme ça, qui prennent tellement de place dans le coeur, qu'on les dirait sorties tout droit de nous. C'est là, planant dans l'air comme l'implicite, une chaude affection mutuelle proche d'une fraternité sans limites. Un contrat, tacite. Je voulais te voir devenir une belle jeune fille levant la main en cours d'anglais, je voulais que tu te réalises. Tu étais un peu perdue, et moi incroyablement admirative de ton aura, débordante, touchante. Tu irradiais. Et tu peux conjuguer au présent. Je me souviendrais toujours de cette confusion sur ton visage, cette petite peur dans tes yeux, derrière tes jolies lunettes, et ces longs cheveux blonds, immobiles, qui se balançaient à droite à gauche quand tu trainais tes Vans sur le linoléum du collège. Et te voilà, toi et tes lentilles, toi et tes posters de Good Charlotte. Ta différence lançinait sur tes pommettes comme une évidence, et moi, me voilà, avec mes cheveux roux, et ma frénétique admiration pour ta petite personne, si délinquante, tellement expressive. J'en suis certaine, il y a des jeunes filles qui te croisent dans la rue et qui souhaiteraient te connaître, comme moi lorsque des inconnues accrochent mon regard par leur folle capacité de s'exprimer au travers de leur apparence, ou par cette étrange chose sur leur visage qui les rend particulières. Et alors je suis fière, parce que je te connais. Je sais comment tu ris, comment tu manges, comment tu écris et ce qui t'es cher. Je connais tes regards, et ces petites faiblesses dans ton coeur qui te rendent si touchante. Et aujourd'hui, tu es là, ma grande, un livre dans la main et un vinyle dans l'autre, nos chaussures en osmose, et, quelque part, la sensation d'un café chaud dans la gorge quand je t'aperçois, Annabelle, accomplie.